Chez moi, c’est le Cameroun

Parce que grâce à cet article j’ai été retenu pour le Mondoblog 2014, je vous le présente! Il est le parcours d’une amie et « petite soeur »; j’espère que je n’ai pas trop romancé ton histoire.

Ce n’est écrit nulle part. Visible d’aucune façon. Il n’existe pas de signes distinctifs. Et pourtant, ils sont comme vous et moi ; mais ils ont dû renoncer à leur patrie. Oui ils ont fui pour sauver leur vie!


La première fois que j’en ai vu, j’avais 7ans. C’était en 1987, nous vivions à Poumpoum Rey, un quartier de Garoua dans la région Nord du Cameroun. Alors que le Tchad était à feu et à sang, il y avait dans l’enceinte de l’école publique un camp de réfugiés.
L’enfant que j’étais n’y comprenait rien. Tout ce que je voyais, c’était une concentration d’hommes, de femmes et d’enfants vivant dans des conditions innommables. Et puis, de toute façon, à 7 ans ça ne vous émeut pas plus que ça!
C’est bien plus tard que j’ai appris que c’était des « réfugiés ». Et qu’être réfugié n’est pas forcément vivre dans un camp ou en marge de la société d’accueil. Et oui! Un réfugié est un être humain qui a aussi des droits.
Quelques années plus tard, j’ai fait la connaissance d’Amanda*, une Sierra-Léonaise ; 20 ans, élancée ; noire ébène et outrageusement spontanée, belle à couper le souffle. Quand j’y repense, elle me faisait penser à Sylvie après sa chirurgie esthétique dans le roman « l’insolence de sa beauté » de Guy des CARS. Elle a débarqué un jour dans ma vie tout à fait par hasard. Faculté de droit à l’Université de Douala, Décembre 2001, nous étions voisines au fond de la classe et très vite, nous sommes, devenues copines.
Maintenant que j’y pense, de prime abord, personne ne pouvait l’étiqueter « réfugiée » ; par son français à l’anglo-saxonne on l’aurait placée du côté de Buea ou de Bamenda et son camfranglais* était IMPECCABLE ! Seigneur! Son pidgin* limpide même les mamans du marché à New Bell ne l’atteignaient pas! Tout ça pour dire qu’Amanda était la Camerounaise bon teint. 
C’est au détour d’une conversation que j’ai appris que son pays d’origine était la Sierra -Léone (un pays déchiré par la guerre à l’époque) et que dans l’urgence elle avait dû TOUT abandonner ; et elle s’en est arrêtée là ! Par pudeur ou par insouciance, je n’ai pas creusé.
Sept ans plus tard, nous nous retrouvons à Dakar au Sénégal et Amanda n’a pas changé d’un iota ! Elle est toujours le même boute-en -train que j’ai rencontré un jour au pays. Quand elle m’a proposé de venir chez elle, je n’ai pas HÉSITÉ. Mon étonnement du Cameroun a rejailli. Moi la camerounaise 100% je n’ai pas tout cet attirail hum ! Des chocolats, des épices, des bonbons alcoolisés, sans compter sa collection impressionnante de kabas* pour ne parler que de cela. Nostalgiques toutes les deux, nous avons ri tout en parlant de notre pays. Je n’oublierai jamais cette lueur dans ses yeux ; c’était celle d’un enfant en manque de son pays natal. Je n’ai pas cessé de la contempler ce jour-là, admirative et émerveillée. Amanda représente le modèle d’intégration que certains politiques rêvent de voir. . N’allez pas croire qu’elle a totalement gommé ses origines ; le drapeau Sierra- Léonais trône fièrement sur sa table comme pour n e pas « oublier ».Mais Le Cameroun n’est jamais bien loin ! Elle peut en parler des heures durant !
Pour anecdote, elle m’a fait le récit de ses aventures à Bondjock, un village Bassa dans le département du Nyong et Kellé. « Ma grand-mère (adoptive) était une femme brave, malgré ses béquilles, elle était d’un dynamisme à vous donner des complexes. Un jour, elle m’a commissionnée à la boutique et a craché par terre en me sommant de rentrer avant que ces crachats ne s’évaporent ». Elle sourit, la larme à l’œil ! « Ses gâteaux de maïs me manquent tant! » finit-elle par lâcher.
N’en pouvant plus, j’ai fini par lui demander pourquoi cet attachement viscéral. Voici ce qu’elle m’a répondu : « Au delà de m’offrir l’ « hospitalité » et un nouveau départ, le Cameroun m’a redonné une estime de moi que j’avais perdue là-bas. Jamais je n’ai été considérée comme une attraction de foire ; mais plutôt comme un être humain avec une histoire qu’elle refuse de mettre en avant. Oui ! Vois-tu, tout le monde a respecté ce pan de ma vie que je n’aime pas revivre. J’ai été reçue comme une fille, une sœur, une amie qu’on n’a pas revue après de nombreuses années. J’ai été accueillie parce que je suis MOI, tout simplement. Tu vois Armelle, peu importe d’où tu viens, peu importe ton histoire, chez toi c’est où tu as décidé de t’établir, là où tu te sens chez toi et en sécurité.

C’est simple : Chez moi, c’est le Cameroun ! »

* Le prénom original a été changé pour le respect de la vie privée de mon amie; merci de votre compréhension

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5 thoughts on “Chez moi, c’est le Cameroun

  1. Belle approche, je comprends qu’elle ait attirée l’attention. Oui on ne pense pas souvent aux réfugiés dans nos pays à nous. On veut toujours croire que c’est lointain. Et oui, on est chez soi où l’on est heureux et où on est accepté. Bel article, de l’émotion en veux-tu en voilà. Félicitations Miss Nyobe!!!

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